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Plaidoyer pour un jardin urbain

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Dans nos univers urbains de plus en plus bétonnés, voici une proposition de jardin tout en couleurs, tout en innovations et non dénuée de quelques excentricités bienvenues.

TEXTE AUDE BASILE / PHOTOS NATHALIE PASQUEL WWW.JARDINS.PHOTOS

Les temps modernes

Jardin et ville ne font pas bon ménage. Ce n’est évidemment aucunement nouveau mais le divorce s’est encore accentué avec la flambée des prix de l’immobilier au cours de la dernière décennie. Plus l’on vit dans une grande agglomération, et moins l’on a l’opportunité de pouvoir profiter d’un jardin. Les mètres carrés en ville se font cher. Alors, il faut s’éloigner, aller dans les zones périurbaines, en périphérie des communes où l’on peut espérer disposer d’un terrain que l’on peut arranger en jardin. C’est dans ce contexte que Kevin Dennis a développé ce jardin installé sur un territoire conquis de haute lutte sur ce que les plus anciens appelleraient un « terrain vague ». Loin de vouloir faire totalement table rase, le paysagiste a cherché à reprendre des éléments du décor, dont ces murs tagués qui s’immiscent au milieu de la végétation. Ce n’est certes pas habituel et l’on ne voudrait pas forcément l’adopter chez soi mais c’est graphiquement réussi. Pour le reste, le jardin est très cloisonné pour rompre avec l’ambiance alentour. Les dernières techniques paysagères ont été employées : un mur et un toit végétalisé, de larges allées dallées, des murets conçus autant en guise de séparation que d’ouverture. Et, en bonus, une station pour recharger un véhicule électrique a été installée.

Niches

Dans cet enchaînement de murets lisses tout de blanc vêtus, se nichent de petits espaces, dont celui-ci à vocation de détente à proximité d’un petit bassin surmonté d’une dalle de verre. Dans le massif ombragé, au premier plan, en plante couvre-sol, les hostas affichent de grandes touffes qui ont l’avantage de bien tapisser et dissimuler le sol. L’hosta s’accommode facilement de l’ombre et résiste parfaitement au gel.   À l’arrière, un Acer palmatum ‘Bloodgood’ (Érable du Japon), au coloris tout à fait exceptionnel, arbore un feuillage pourpre tout au long de l’année dont l’intensité va croissante pour culminer, bien sûr, à l’automne. À ses côtés, un autre érable du Japon (Acer palmatum ‘Sango Kaku’).

Inattendu

Devant un parterre de fleurs à l’allure champêtre se découvrent une pergola abritant un mur végétal, un bassin de forme carrée, un mur recouvert de graffiti et, en limite du jardin, une haute haie d’arbustes taillés en rideau. Excusez du peu !

Carport végétalisé

Le développement, certes encore timide, des véhicules électriques comme ce modèle Renault Zoé va amener inévitablement les particuliers qui vont s’en équiper à réorganiser la zone dédiée au stationnement de leur véhicule. Et pour cause, il va falloir l’équiper d’une prise de recharge. Une nouvelle habitude à prendre ! Ici, c’est une borne qui a été installée sous le carport. Lequel a été équipé d’une toiture végétalisée qui fait la part belle aux Armeria maritima (Armérie maritime, Gazon d’Espagne, Gazon d’Olympe). Une vivace rustique au feuillage persistant qui fleurit d’avril à juin qui se mêle à quelques Sedums posés sur un lit de gravillons. 

Vedette

La pergola et son mur végétalisé se font presque voler la vedette par cet Acer palmatum ‘Sango Kaku’ qui se distingue par sa magnifique écorce rouge corail et son feuillage caduc aux couleurs jaune orangé. Le parterre a été gravillonné à la fois par esthétique et pour rester économe en arrosage. 


Ton soutenu

C’est bien entendu pour sa couleur qui tourne autour des tons rouge brun chocolat qu’ont été choisis Cordyline australis ‘Atropurpureum’ en association avec des Stipa tenuissima (cheveux d’ange) à leurs pieds qui en atténuent l’impact visuel. Souvent considéré à tort comme un palmier, Cordyline australis ‘Atropurpureum’ peut atteindre jusqu’à 4 mètres, tout de même ! Durant l’été, elle produit quelques petites fleurs blanches qui tranchent avec la noirceur du feuillage.

l’idée déco

Voici quelques suggestions pour transposer les techniques de déco d’intérieur vers l’extérieur.

Esprit d’ouverture 

À tout point de vue, il faut reconnaître qu’un esprit d’ouverture a guidé à la conception de ce jardin. Un précepte dont on trouve une traduction concrète avec cette vaste niche ouverte qui a été aménagée dans ce mur blanc et transformée en une étagère décorative. 

Coexistence pacifique

Contrairement aux idées reçues, la plupart des fleurs et plantes peuvent s’acclimater pour la réalisation de tableaux ou murs végétalisés. La principale restriction réside dans le choix des végétaux qui sont habilités à supporter les mêmes conditions d’ensoleillement et d’humidité et, dans le même temps, qu’elles se montrent aptes à coexister pacifiquement. Ici, le mur est constitué au pied de Alchemilla mollis (Alchemille), Carex ‘Everest’, Carex ‘Everillo’ et, sur le haut, de Heuchera ‘Plum Pudding’ (Heuchère pourpre) qui déploie ses feuilles d’un rouge bourgogne avec des reflets argentés. En tout cas, un superbe mur aux allures de tableau vivant géant.


Dans les murs blancs les plus hauts, des ouvertures ont été réservées pour créer des effets de perspective.

Collection de lupins

Superbe collection de lupins (Lupinus ‘Russell Woodfield Hybrids’), qui jaillissent joyeusement depuis leur plate-bande de leurs longs et denses épis aux couleurs très mélangées. Pouvant allègrement atteindre 1 mètre de hauteur, ils fleurissent tout l’été.

Modernité affirmée

Cette vue générale laisse entrevoir le caractère un peu tourmenté de ce jardin. On est bien dans un jardin à la modernité affirmée, on est effectivement assez loin d’une scène de jardin champêtre ou romantique. Les effets de peinture sur les bordures des bassins, les tonalités noir et pourpre des végétaux confèrent un côté très sombre. Derrière les Ophiopogon planiscapus ‘Nigrescens’ au premier plan, se détachent des Carex buchananii au feuillage tout en finesse et au ton brun orangé qui se prolonge toute l’année.  

Graffiti au jardin 

Un mur peint dans un intérieur est évidemment chose banale ; en extérieur, c’est déjà nettement moins couru. Alors, au sein même de son jardin, un mur couvert de graffiti, voilà qui risque de ne pas être goûté de tous les jardiniers ! Et pourtant Kevin Dennis a osé. D’autant plus osé que le graffiti n’est pas encore pleinement accepté par tout le monde et encore plus difficilement perçu comme un art… Un graffiti en déco d’un mur de son jardin, cela relève évidemment d’une affaire de goût. L’idée sous-jacente, en tout cas, consiste à démontrer que son jardin s’intègre parfaitement dans son milieu urbain au point d’en épouser les us et coutumes contemporaines. Façon également de montrer que ces murs de graffiti qui symbolisent nos sociétés urbanisées se marient à merveille avec des fleurs dont certaines à l’allure champêtre.


Bassins dispersés

Mine de rien, l’eau est omniprésente dans ce jardin, même si sa présence s’avère plutôt discrète. Des bassins aux formes certes variées mais toujours très rectilignes sont ainsi dispersés à différents endroits. L’esprit cartésien se trouve, en revanche, chahuté par les rebords assez étonnamment peints avec des coulures volontaires qui autorisent les bricoleurs des jours fériés de s’y risquer avec garantie de réussite ! En bordure, on reconnaît Ophiopogon planiscapus ‘Nigrescens’ (Ophiopogon noir, Barbe de serpent), pour sa couleur quasiment noire. Une vivace qu’apprécient les paysagistes pour apporter une nuance assez rare au jardin. Elle s’accommodent d’à peu près toutes les situations et connaissent une croissance limitée.

Paysagiste : Kevin Dennis
Un jardin présenté lors du Bloom festival park, Irlande
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